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Astypalaia, de l'autre côté de l'Égée

Suspendue entre deux archipels, Astypalaia cultive une beauté à part. Ici, on passe des ruelles blanches de Chora aux pistes poussiéreuses, des tables familiales aux criques oubliées, avec toujours cette sensation rare d’une île restée fidèle à elle-même.

  • Photo : Laurent Fabre
  • Texte : Isabelle Zigliara
  • Publication : 27/03/2026

Au centre de l'île, la Chora charme par son authenticité et sa beauté graphique.

Suspendue entre les Cyclades et le Dodécanèse, la petite île d’Astypalaia à la forme de papillon, charme par sa grâce et sa simplicité. De part et d’autre de son isthme étroit, elle déploie ses ailes et des paysages secs à la beauté sauvage. On la sillonne de plage en village, en prenant de le temps de savourer cette délicieuse impression de Grèce éternelle.

Le cœur de l’île bat à Chora, sa capitale. Perchée sur un promontoire rocheux, elle est coiffée d’une impressionnante citadelle de pierres sombres, construite au XVe siècle par Giovanni Guerini, un seigneur vénitien au service du duché de Naxos. À ses pieds, les ruelles du kastro, véritable labyrinthe bordé de belles maisons traditionnelles, dégringolent en amphithéâtre jusqu’au port de Skala. Il y règne une ambiance de village très agréable, les maisons y ayant longtemps été habitées à l’année. Aujourd’hui, en partie restaurées, elles préservent l’âme du lieu. Dans ce décor, la vie s’écoule hors du temps. Au petit matin, il flotte dans l’air le parfum safrané des kitrinokouloura, des petits biscuits gourmands que l’on grignote à l’ombre des moulins avant de rejoindre l’un des cafés qui animent la place. Un peu plus haut, en remontant vers la citadelle, à deux pas d’une rimbambelle de chapelles collées les unes aux autres, un kafeneio aux chaises colorées propose une autre spécialité de l’île à base de safran, les makarounes, de petits raviolis farcis de fromage frais. En Grèce, Astypalaia est connue pour son « or rouge », que la poignée d’habitants qui y vivent encore l’hiver cueille au mois de novembre.

Les moulins d'Astypalaia et la citadelle des Guérini
Astypalaia Astypalaia
Ruelle du kastro
Astypalaia Astypalaia
Le kafeneio Apanemia Chaussons au fromage frais au kafeneio Apanemia
Astypalaia Astypalaia
L'église de la Megalie Panayia à Chora Détail de l'église de la Megalie Panayia

Plages sauvages, campagne vallonnée et pistes cahoteuses, l'ouest d'Astypalaia invite à la découverte.

Au-delà de la Chora, à l’ouest, l’île est sillonnée de pistes escarpées qui semblent mener au bout du monde. L’une d’elles nous conduit jusqu’à une ferme perdue dans la montagne. En s’approchant, on entend depuis l’étable des sabots racler, des cornes taper contre la porte en bois et des voix appeler au calme. En passant une tête, on remarque un petit garçon, tout fier, mener des chèvres à son père. Ce dernier, de sa voix grave, les rassure et passe une corde autour des cornes de l’une d’entre elles pour éviter qu’elle se blesse. Dans un instant de grâce, la chèvre cesse de se débattre et avance sereine, le port altier, tandis qu’on la débarrasse, à grands coups de ciseaux, de sa longue fourrure d’hiver. Si parfois, dans les îles reculées, les caractères se font rugueux et la parole rare, ici il en est tout autrement, et c’est avec gentillesse et simplicité que nous sommes invités à prendre le café. Même accueil chaleureux chez Linda et son mari, dans leur taverne en retrait de la majestueuse plage de Kaminakia. On s’y régale de quelques plats goûteux et surtout de leur délicieux fromage frais, qui raconte les fleurs et les herbes tendres d’avant l’été. En voyant l’île déjà sèche, on peine à l’imaginer couverte de végétation hors saison. En reprenant la route pour Chora, on se perd dans la campagne vallonnée, charmés ici par une petite église qui disparaît sous les lauriers roses pâles, là par quelques oliviers qui profitent d’une colline pour se protéger des vents et des assauts de la mer.

Ferme du bout du monde Astypalaia
Astypalaia Astypalaia
Astypalaia Chèvre en train de se faire couper ses longs poils d'hiver
Astypalaia Le calme dans l'étable
Les eaux azur de la plage de Kaminakia
La taverne chez Linda Linda et son mari
Campagne d'Astypalaia
Astypalaia Astypalaia

Loin de tout, l'est est presque désert et donne l'impression d'un finistère.

À l’est, l’île se révèle presque déserte, comme une impression de terre inconnue. Après le petit port d’Analipsi, où l’on déguste la pêche du jour face au quai et à ses caïques chamarés, les habitations se font plus rares et les paysages deviennent plus sauvages. Un peu plus loin, une plage aux eaux limpides accueille encore quelques baigneurs, tandis qu’une route solitaire s’avance vers Vathy, lagune oubliée où se lovent un minuscule port et une taverne sans âge. On murmure qu’il s’y cache d’antiques graffitis, gravés dans la roche, où se chuchotent d’anciens désirs. Sur le chemin du retour, une piste aux airs de Far West, poussiéreuse et brûlée par le soleil s’étend à perte de vue. Au bout se dresse l’église de la Panagia Poulariani, un petit complexe religieux et agricole presque abandonné, où seul le souffle du vent qui fait grincer une porte anime la solitude du lieu. Loin du tumulte de certaines îles, Astypalaia conserve sa singularité, celle d’une île qui se vit plus qu’elle ne se visite. Nous reviendrons en automne, en quête de son or rouge, mais surtout pour goûter à nouveau au charme et à l’épure du papillon de l’Égée.

Le port d'Analipsi Détail d'un caïque à Analipsi
Taverne Almyra à Analipsi Astypalaia
L'anse de Vathy, un autre bout du monde Astypalaia
Astypalaia Brebis sur la plage de Vathy
Église de la Panagia Poulariani Astypalaia
Plage de Panormos
Église oubliée en retrait de la plage de Panormos Astypalaia
Astypalaia
Astypalaia Astypalaia